Entre les rendez-vous spécialisés, les démarches administratives, les aides à domicile à mettre en place et les multiples professionnels qui gravitent autour d’une maladie chronique, il arrive un moment où l’on se sent seul à devoir tout orchestrer. Ce que beaucoup de personnes concernées ne savent pas, c’est qu’un dispositif gratuit existe précisément pour ça : le Dispositif d’Appui à la Coordination, ou DAC.
Qu’est-ce qu’un dispositif d’appui à la coordination (DAC) ?
Le DAC est un service public gratuit, créé par la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé du 24 juillet 2019.
Son objectif : offrir, sur chaque territoire, un interlocuteur unique pour aider à organiser les parcours de santé complexes, quel que soit l’âge, la pathologie ou la situation de la personne concernée.
Avant les DAC, plusieurs dispositifs différents coexistaient selon les publics et les pathologies : les MAIA (pour les personnes âgées en perte d’autonomie), les réseaux de santé spécialisés (cancérologie, soins palliatifs, gérontologie…), les plateformes territoriales d’appui (PTA), les coordinations territoriales d’appui (CTA) de l’expérimentation PAERPA, et parfois les centres locaux d’information et de coordination (CLIC).
Cette multitude rendait le système illisible : à qui s’adresser quand on ne rentrait pas exactement dans une case ?
Depuis 2022, l’ensemble de ces dispositifs a fusionné en un DAC unique par département (parfois plusieurs dans les grandes métropoles ou les départements très peuplés), financé par l’Agence Régionale de Santé (ARS) et, selon les territoires, par le Conseil départemental.
Concrètement, il existe aujourd’hui un DAC qui couvre l’intégralité du territoire français, chaque commune étant rattachée à un DAC selon la commune de résidence de la personne accompagnée.
Que fait concrètement un DAC pour toi ?
Le DAC n’est ni un service de soins, ni une structure médicale : il ne réalise aucun acte médical et ne se substitue jamais à ton médecin traitant ou à tes spécialistes.
Son rôle est de faciliter, coordonner et fluidifier ton parcours de santé lorsque celui-ci devient complexe.
Concrètement, un DAC peut :
- évaluer ta situation dans sa globalité, au-delà du seul aspect médical (aspects sociaux, familiaux, financiers, liés au logement…) ;
- identifier les ressources disponibles sur ton territoire que tu ne connais peut-être pas : associations, aides à domicile, dispositifs spécifiques à ta pathologie, structures d’accompagnement ;
- mettre en relation les différents professionnels qui interviennent auprès de toi, pour qu’ils communiquent mieux entre eux ;
- élaborer, avec toi et ton médecin traitant, un plan personnalisé de coordination en santé (PPCS), un document qui formalise les objectifs et les actions à mener pour améliorer ta prise en charge ;
- t’accompagner dans la durée, avec un suivi renforcé si ta situation le nécessite, jusqu’à ce que le parcours se stabilise ;
- soutenir tes aidants, en les informant et en les orientant eux aussi.
Le DAC agit toujours en lien avec ton médecin traitant, jamais à sa place. S’il n’est pas à l’origine de la demande, il en sera systématiquement informé.
Qui peut solliciter un DAC ?
Contrairement à une idée reçue encore répandue, le DAC ne s’adresse pas uniquement aux personnes âgées. Il concerne toute personne dont le parcours de santé est jugé complexe, notamment :
- les personnes atteintes d’une ou plusieurs maladies chroniques, en particulier en cas de polypathologies (plusieurs maladies chroniques cumulées) ;
- les personnes en situation de handicap, visible ou invisible ;
- les personnes en perte d’autonomie, quel que soit leur âge ;
- les personnes cumulant des difficultés sociales, économiques ou d’isolement en plus de leur situation de santé ;
- les personnes en sortie d’hospitalisation nécessitant une organisation particulière du retour à domicile.
Il n’y a pas de critère d’âge ni de liste fermée de pathologies : c’est la complexité ressentie du parcours qui justifie de solliciter le DAC, pas un diagnostic en particulier.
Comment contacter ton DAC ? (mode d’emploi)
1. Identifie le DAC de ton département
Chaque DAC porte un nom propre selon le territoire (par exemple Santélien en Île-de-France, ou un nom incluant le numéro du département), ce qui peut rendre la recherche un peu déroutante au premier abord. Le plus simple :
- tape dans un moteur de recherche « DAC » suivi du nom de ton département (exemple : « DAC Rhône », « DAC Gironde ») ;
- consulte le site de l’Agence Régionale de Santé (ARS) de ta région, qui référence systématiquement les DAC de son territoire ;
- utilise l’annuaire national disponible sur pour-les-personnes-agees.gouv.fr, qui recense aussi les DAC malgré son nom orienté « personnes âgées » ;
- ou demande directement à ton médecin traitant, qui connaît en principe le DAC de son secteur.
2. Contacte le DAC directement, ou passe par un professionnel
Tu peux, selon les territoires, solliciter directement le DAC par toi-même en tant que patient ou aidant, ou passer par un professionnel de santé, social ou médico-social (médecin traitant, infirmier, assistant social, pharmacien…). Certains DAC orientent en priorité les demandes venant des professionnels, d’autres acceptent volontiers un contact direct de la personne concernée : dans le doute, appelle, le pire qu’il puisse t’arriver est d’être réorienté vers ton médecin traitant pour formaliser la demande.
Le contact se fait le plus souvent par téléphone ou par mail, les coordonnées précises figurant sur le site de ton DAC départemental.
3. Un premier échange pour évaluer ta situation
Une équipe pluriprofessionnelle (médecins, infirmiers, travailleurs sociaux, ergothérapeutes, psychologues selon les DAC) échange avec toi pour comprendre ta situation dans son ensemble, pas seulement le motif initial de ta demande.
4. Une réponse adaptée, à la carte
Selon les cas, cela peut aller d’une simple information sur les ressources de ton territoire, à un accompagnement renforcé avec un référent dédié et un plan personnalisé de coordination en santé.
Le DAC, en quoi c’est différent d’autres dispositifs que tu connais peut-être déjà
Avec la multitude de sigles qui existent dans le système de santé français, il est facile de confondre le DAC avec d’autres dispositifs. Voici les principales différences :
- DAC et MDPH : la MDPH évalue ton taux de handicap et ouvre des droits administratifs (RQTH, AAH, PCH, carte mobilité inclusion…). Le DAC, lui, ne délivre aucun droit : il coordonne ton parcours de soin et t’oriente vers les bonnes ressources, y compris parfois vers la MDPH elle-même si ce n’est pas encore fait. Tu peux retrouver notre article complet sur comment faire un dossier MDPH.
- DAC et ETP (éducation thérapeutique du patient) : l’ETP est un programme d’apprentissage pour mieux comprendre et gérer sa maladie au quotidien. Certains DAC pilotent ou coordonnent des programmes d’ETP sur leur territoire, mais ce n’est qu’une partie de leurs missions, pas leur cœur de métier.
- DAC et CPTS (communauté professionnelle territoriale de santé) : la CPTS regroupe des professionnels de santé d’un territoire qui s’organisent entre eux pour améliorer l’accès aux soins. Le DAC, lui, intervient à l’échelle individuelle, pour une personne et une situation donnée.
- DAC et HAD (hospitalisation à domicile) : l’HAD est un service de soins à part entière, avec des professionnels qui interviennent directement chez toi. Le DAC peut t’orienter vers une HAD si besoin, mais ne réalise lui-même aucun soin.
Un service entièrement gratuit
Le recours à un DAC est intégralement gratuit, aussi bien pour les patients et leurs aidants que pour les professionnels, quel que soit le temps d’accompagnement nécessaire.
Son fonctionnement est financé par les Agences Régionales de Santé, avec des budgets dédiés parfois complétés par les Conseils départementaux.
Quelques chiffres et repères
Les DAC couvrent aujourd’hui l’intégralité du territoire français, avec généralement un dispositif par département (et plusieurs dans certaines grandes métropoles, comme en Île-de-France où 22 DAC se partagent le territoire régional). Leur déploiement complet s’est achevé en 2022, trois ans après la loi qui les a créés.
Un système d’information commun aux DAC, destiné à faciliter le partage sécurisé d’informations entre professionnels, doit progressivement se généraliser dans les prochaines années pour harmoniser les pratiques sur tout le territoire.
Quelques ressources
- CNSA – Dispositifs d’appui à la coordination : présentation officielle par la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie, qui finance les DAC
- Annuaire national – pour-les-personnes-agees.gouv.fr : pour rechercher le DAC de ta commune ou de ton département
- Le site de l’Agence Régionale de Santé (ARS) de ta région : chaque ARS publie la liste des DAC de son territoire avec leurs coordonnées précises
- Légifrance – Décret n° 2021-295 du 18 mars 2021 relatif aux dispositifs d’appui à la coordination des parcours de santé complexes, pour le texte de référence
- Santé Gouv DAC
Si ton quotidien avec ta maladie chronique ou ton handicap invisible te donne l’impression de devoir tout gérer seul, entre les rendez-vous, les démarches et les professionnels qui ne se parlent pas toujours entre eux, sache que ce dispositif existe précisément pour t’alléger cette charge. Tu n’as pas à tout coordonner seul.
