Fatigue inexpliquée, essoufflement au moindre effort, palpitations qui reviennent sans prévenir. Ces signes-là, tu les connais peut-être, et ils ne sont pas toujours pris au sérieux tout de suite. Les maladies cardio-vasculaires ne se limitent pas à l’infarctus qu’on imagine en urgence. Beaucoup sont chroniques, évoluent sur des années, et font partie du quotidien de millions de personnes.


Note importante : je ne suis pas médecin ni professionnelle de santé. Les informations de cet article sont données à titre informatif et ne remplacent en aucun cas un avis médical. Pour toute question sur tes symptômes, ton diagnostic, ton suivi ou ton traitement, consulte un professionnel de santé.


Qu’est-ce qu’une maladie cardio-vasculaire chronique

Le terme regroupe plusieurs pathologies touchant le cœur et les vaisseaux sanguins :

  • l’insuffisance cardiaque, quand le cœur peine à pomper le sang efficacement
  • l’hypertension artérielle, qui abîme progressivement le cœur et les vaisseaux
  • les arythmies, comme la fibrillation auriculaire
  • la maladie coronarienne, liée au rétrécissement des artères du cœur
  • les maladies veineuses chroniques, qui touchent la circulation dans les jambes

Certaines de ces maladies sont silencieuses pendant longtemps, ce qui rend le diagnostic parfois tardif.


Des symptômes qui peuvent être confondus avec autre chose

C’est l’une des difficultés propres à ces maladies : leurs symptômes ressemblent souvent à ceux d’autres pathologies, ou sont mis sur le compte de la fatigue, du stress, ou de l’âge.

Tu peux notamment ressentir :

  • un essoufflement inhabituel à l’effort, ou même au repos
  • des palpitations, une sensation que le cœur s’emballe
  • une fatigue persistante, disproportionnée par rapport à l’effort fourni
  • des œdèmes, notamment aux chevilles
  • des douleurs thoraciques, parfois discrètes

Insuffisance cardiaque chronique

Diagnostic :

  • Échocardiographie (fraction d’éjection)
  • Dosage du BNP ou NT-proBNP
  • ECG (électrocardiogramme), radiographie thoracique
  • IRM cardiaque dans certains cas

Suivi :

  • Poids quotidien (rétention hydrique), surveillance des œdèmes
  • Échocardiographie régulière
  • Bilan biologique (fonction rénale, ionogramme, BNP)
  • Consultations cardiologiques rapprochées, surtout en cas de décompensation

Traitements :

  • Traitements de fond : IEC ou ARA2, bêta-bloquants, antagonistes des récepteurs aux minéralocorticoïdes (spironolactone), inhibiteurs du SGLT2 (de plus en plus utilisés même hors diabète)
  • Diurétiques pour soulager la surcharge hydrique
  • Dispositifs dans les formes sévères : défibrillateur implantable, resynchronisation cardiaque (stimulateur biventriculaire)
  • Restriction hydrosodée, surveillance du poids, réadaptation cardiaque encadrée

Hypertension artérielle (HTA)

Diagnostic :

  • Mesure de la tension sur plusieurs consultations, ou automesure tensionnelle (AMT) / MAPA (mesure ambulatoire sur 24h) pour confirmer
  • Bilan initial : ionogramme, créatinine, glycémie, bilan lipidique, ECG, bandelette urinaire (recherche de protéinurie)

Suivi :

  • Contrôle tensionnel régulier (auto-mesure à domicile)
  • Bilan sanguin annuel (fonction rénale, kaliémie sous traitement)
  • ECG périodique, fond d’œil si HTA sévère

Traitements :

  • Règles hygiéno-diététiques : réduction du sel, activité physique, perte de poids, arrêt du tabac, réduction de l’alcool
  • Traitements médicamenteux : diurétiques thiazidiques, IEC ou ARA2, inhibiteurs calciques, bêta-bloquants. Souvent association de plusieurs classes si l’HTA reste mal contrôlée

Retrouve tous les détails dans notre article dédié à l’hypertension artérielle.


Arythmies (notamment fibrillation atriale)

Diagnostic :

  • ECG standard
  • Holter ECG (24h à plusieurs jours)
  • Échocardiographie pour rechercher une cause structurelle

Suivi :

  • Holter régulier
  • Bilan de coagulation si traitement anticoagulant
  • Échocardiographie de contrôle

Traitements :

  • Contrôle du rythme ou de la fréquence : anti-arythmiques, bêta-bloquants, inhibiteurs calciques bradycardisants
  • Anticoagulants pour prévenir le risque d’AVC (anticoagulants oraux directs ou AVK)
  • Ablation par cathéter dans certains cas récidivants
  • Pose d’un pacemaker si trouble de la conduction associé

Coronaropathie (maladie coronarienne, angor/angine de poitrine)

Diagnostic :

  • ECG de repos, ECG d’effort (épreuve d’effort)
  • Échocardiographie
  • Scintigraphie myocardique ou coroscanner (angioscanner coronaire)
  • Coronarographie en cas de forte suspicion ou d’urgence

Suivi :

  • Consultation cardiologique régulière avec ECG
  • Bilan lipidique et glycémique
  • Échocardiographie de contrôle
  • Test d’effort selon l’évolution des symptômes

Traitements :

  • Médicaments : antiagrégants plaquettaires (aspirine, clopidogrel), statines, bêta-bloquants, dérivés nitrés (contre les crises d’angor), IEC
  • Revascularisation si nécessaire : angioplastie coronaire avec pose de stent, ou pontage coronarien dans les formes plus sévères
  • Mesures associées : arrêt du tabac, contrôle du diabète et du cholestérol, réadaptation cardiaque

Valvulopathies (rétrécissement/insuffisance valvulaire)

Diagnostic :

  • Échocardiographie (examen clé)
  • Auscultation cardiaque (souffle)
  • ETO (échographie transœsophagienne) si besoin de précision

Suivi :

  • Échocardiographie annuelle ou semestrielle selon la sévérité
  • Surveillance clinique des symptômes (essoufflement, fatigue)

Traitements :

  • Traitement médical symptomatique (diurétiques, IEC) en attendant une éventuelle intervention
  • Réparation ou remplacement valvulaire chirurgical
  • Techniques percutanées mini-invasives (TAVI pour le rétrécissement aortique par exemple), de plus en plus utilisées chez les patients à risque chirurgical élevé
  • Anticoagulation à vie en cas de valve mécanique

IEC ou ARA2 : quelle différence ?
  • IEC = Inhibiteurs de l’Enzyme de Conversion (de l’angiotensine). Ils bloquent la transformation de l’angiotensine I en angiotensine II, une hormone qui resserre les vaisseaux sanguins. En bloquant cette conversion, les vaisseaux se relâchent et la tension baisse. Exemples : ramipril, périndopril, énalapril, lisinopril (noms se terminant généralement en « -pril »).
  • ARA2 = Antagonistes des Récepteurs de l’Angiotensine 2 (aussi appelés « sartans »). Ils agissent un peu différemment : au lieu de bloquer la production de l’angiotensine II, ils bloquent directement ses récepteurs, empêchant son action sur les vaisseaux. Exemples : losartan, valsartan, irbésartan, candésartan (noms se terminant généralement en « -sartan »).

Pourquoi l’un ou l’autre ? 

Les deux classes ont des effets similaires sur la tension et le cœur, mais les ARA2 sont souvent prescrits en alternative aux IEC quand le patient développe une toux sèche persistante sous IEC (effet secondaire assez fréquent, lié à l’accumulation de bradykinine). Les ARA2 n’ont pas cet effet indésirable.

Les deux nécessitent une surveillance de la fonction rénale et de la kaliémie (taux de potassium) au début du traitement et régulièrement ensuite, car ils peuvent faire monter le potassium et affecter les reins, surtout en cas d’association avec d’autres médicaments ou de déshydratation.


Vivre au quotidien avec une maladie cardio-vasculaire chronique

Une maladie cardio-vasculaire chronique demande souvent d’adapter son quotidien, sans pour autant tout arrêter :

  • adapter l’activité physique, avec l’accord de ton cardiologue, plutôt que la supprimer complètement
  • surveiller certains paramètres (tension, poids, rythme cardiaque) selon ce que ton suivi recommande
  • pacer tes efforts sur la journée plutôt que d’attendre l’épuisement pour t’arrêter
  • gérer le stress, qui peut aggraver certains symptômes
  • te renseigner sur la reconnaissance en ALD, l’insuffisance cardiaque grave et les coronaropathies sévères en font partie

Le rôle central du suivi médical

Une maladie cardio-vasculaire chronique nécessite généralement un suivi coordonné entre ton médecin traitant et ton cardiologue. Le médecin traitant garde une vision globale de ta santé et fait le lien entre les différents professionnels.


Quelques chiffres sur les maladies cardio-vasculaires

Les maladies cardiovasculaires restent la première cause de mortalité chez les femmes et la deuxième chez les hommes en France.

L’insuffisance cardiaque a concerné en moyenne plus de 182 000 hospitalisations par an entre 2021 et 2023, avec une prévalence restée stable ces dernières années malgré une baisse de l’incidence, portée par une meilleure prise en charge de ses causes (hypertension, cardiopathies ischémiques, fibrillation atriale, maladies valvulaires).

L’hypertension artérielle touche à elle seule environ 1 adulte sur 3 en France, soit près de 17 millions de personnes.

La fibrillation atriale a entraîné plus de 90 000 hospitalisations en 2022, et sa fréquence augmente avec l’âge.


Quelques ressources