Une tristesse qui ne s’explique pas, des pensées qui tournent en boucle, une fatigue qui empêche de sortir du lit, la peur de craquer en public. Ces signes-là, tu les connais peut-être, et ils ne sont pas toujours pris au sérieux tout de suite. On entend parfois qu’il suffirait de « penser positif », de « se ressaisir » ou de « faire un effort » pour aller mieux. Pourtant, les maladies psychiques sont de véritables maladies, qui peuvent avoir un impact profond sur la vie quotidienne, les relations, le travail ou les études. Elles ne relèvent ni d’un manque de volonté, ni d’une faiblesse de caractère.


Note importante : je ne suis pas médecin ni professionnelle de santé. Les informations de cet article sont données à titre informatif et ne remplacent en aucun cas un avis médical. Pour toute question sur tes symptômes, ton diagnostic, ton suivi ou ton traitement, consulte un professionnel de santé.


Qu’est-ce qu’une maladie psychique chronique

Une maladie psychique devient chronique lorsqu’elle évolue pendant une longue durée (généralement plus de 3 mois) et nécessite une prise en charge au long cours. Le terme regroupe notamment :

  • la dépression récurrente, marquée par plusieurs épisodes dépressifs distincts au cours de la vie
  • le trouble anxieux généralisé (TAG), une anxiété excessive et difficile à contrôler, présente la plupart du temps
  • le trouble obsessionnel compulsif (TOC), qui associe pensées intrusives (obsessions) et comportements répétitifs (compulsions)
  • le trouble bipolaire, caractérisé par une alternance de phases dépressives et de phases d’excitation
  • la schizophrénie, un trouble psychotique chronique qui altère la perception de la réalité
  • les troubles schizo-affectifs, qui associent des symptômes psychotiques à des troubles marqués de l’humeur
  • certains troubles de la personnalité, comme le trouble de la personnalité borderline (état-limite)
  • le trouble de stress post-traumatique (TSPT), lorsqu’il devient chronique
  • certains troubles du comportement alimentaire (anorexie mentale, boulimie, hyperphagie boulimique), lorsqu’ils évoluent sur plusieurs années

Certaines de ces maladies évoluent par épisodes distincts, d’autres sont présentes de façon plus continue, ce qui rend leur vécu très différent d’une personne à l’autre.

À l’inverse, un épisode dépressif isolé qui guérit complètement, une réaction anxieuse temporaire liée à un événement de vie, ou un trouble de l’adaptation limité dans le temps ne sont pas considérés comme des maladies psychiques chroniques.


Quelle est la différence entre une émotion et une maladie psychique
  • Tout le monde peut traverser des périodes difficiles : être triste après un deuil, anxieux avant un examen ou stressé pendant une période compliquée fait partie des réactions normales de la vie.
  • Une maladie psychique va bien au-delà de ces émotions passagères. Les symptômes sont généralement plus intenses, durent plus longtemps et ont un retentissement important sur la vie quotidienne : ils peuvent empêcher de travailler, d’étudier, de prendre soin de soi ou de maintenir des relations sociales. Chaque maladie possède ses propres symptômes, son évolution et sa prise en charge.
  • La majorité des maladies psychiques ne se voient pas. Une personne peut sourire, travailler, sortir avec ses proches et pourtant souffrir énormément. À l’inverse, certaines périodes peuvent rendre impossible le fait de se lever, de se concentrer ou même d’accomplir les gestes les plus simples du quotidien. L’absence de signes visibles ne signifie jamais l’absence de souffrance.
  • Si ces symptômes sont réduits à un manque de volonté ou minimisés par l’entourage ou un professionnel de santé, tu as le droit de demander une prise en charge adaptée à l’impact réel sur ta vie.

Dépression récurrente

La dépression récurrente, ou trouble dépressif récurrent, se caractérise par la survenue d’au moins deux épisodes dépressifs caractérisés distincts au cours de la vie, séparés par des périodes de rémission. Elle se distingue d’un épisode dépressif isolé par ce caractère répété, et du trouble dépressif persistant (dysthymie) par une évolution en épisodes plutôt que continue.

Diagnostic : 

  • entretien clinique approfondi mené par un médecin ou un psychiatre, s’appuyant sur des critères diagnostiques précis (comme ceux du DSM-5) et retraçant l’historique des épisodes dépressifs antérieurs pour établir le caractère récurrent.

Suivi : 

  • consultations régulières pour repérer précocement les signes annonciateurs d’une rechute,
  • réévaluation périodique du traitement de fond.

Traitements : 

  • antidépresseurs (le plus souvent des ISRS)
  • associés à une psychothérapie structurée (TCC notamment),
  • avec un traitement de fond au long cours souvent recommandé après plusieurs épisodes pour réduire le risque de récidive.

Retrouve plus de détails sur les formes proches dans notre article dédié à la dépression chronique.


Trouble anxieux généralisé (TAG)

Le trouble anxieux généralisé se caractérise par une anxiété et des soucis excessifs, difficiles à contrôler, présents la majorité des jours depuis au moins six mois, concernant de nombreux domaines de la vie (travail, santé, famille) sans qu’un danger précis ne les justifie.

Diagnostic : 

  • entretien clinique reposant sur les critères du DSM-5 (anxiété depuis au moins 6 mois, associée à au moins 3 symptômes parmi fatigue, irritabilité, tensions musculaires, troubles du sommeil, difficultés de concentration).
  • Le questionnaire GAD-7 est souvent utilisé comme outil de repérage complémentaire.

Suivi : 

  • réévaluation régulière de l’intensité des symptômes et du retentissement sur la vie quotidienne,
  • ajustement du traitement selon la réponse.

Traitements : 

  • thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
  • et/ou antidépresseur de type ISRS ou IRSNa en première intention, selon les recommandations de la HAS.
  • Un point à connaître : le TAG reste largement sous-diagnostiqué et sous-traité, avec environ 60 % des personnes concernées qui ne bénéficient d’aucun traitement.

Trouble obsessionnel compulsif (TOC)

Le trouble obsessionnel compulsif associe des obsessions (pensées, images ou impulsions intrusives et anxiogènes) et des compulsions (comportements ou rituels répétitifs réalisés pour tenter de neutraliser l’anxiété provoquée par ces obsessions).

Diagnostic : 

  • clinique, basé sur la présence d’obsessions, de compulsions, ou des deux, suffisamment envahissantes pour retentir sur le quotidien (plus d’une heure par jour en moyenne).

Suivi : 

  • réévaluation régulière de la fréquence et de l’intensité des rituels, et de leur impact sur la vie quotidienne et professionnelle.

Traitements : 

  • thérapie cognitivo-comportementale avec exposition et prévention de la réponse, en première intention,
  • associée si besoin à un antidépresseur ISRS à dose souvent plus élevée que dans la dépression.
  • Les traitements permettent une amélioration du quotidien chez environ deux tiers des patients.

Trouble bipolaire

Le trouble bipolaire, autrefois appelé maladie maniaco-dépressive, est une maladie psychique chronique caractérisée par un dérèglement durable de l’humeur, avec une alternance de phases dépressives et de phases d’excitation (dites maniaques ou hypomaniaques).

Diagnostic : 

  • entretien clinique approfondi avec un psychiatre, retraçant l’histoire des épisodes d’humeur.
  • Un point essentiel : le diagnostic est souvent très long à poser, avec un délai moyen proche de 10 ans entre les premiers symptômes et un traitement adapté, notamment parce que les phases hautes, en particulier l’hypomanie, sont plus difficiles à repérer que les phases dépressives.

Suivi : 

  • consultations psychiatriques régulières,
  • dosages sanguins réguliers (lithémie) en cas de traitement par lithium.

Traitements : 

  • thymorégulateurs (lithium en première intention),
  • antiépileptiques ou antipsychotiques selon les profils,
  • accompagnement psychothérapeutique
  • et psychoéducation.

Retrouve tous les détails dans notre article dédié au trouble bipolaire.


Schizophrénie

La schizophrénie est un trouble psychotique chronique qui altère la perception de la réalité, associant des symptômes dits positifs (hallucinations, idées délirantes), des symptômes négatifs (retrait social, perte de motivation) et des troubles cognitifs (attention, mémoire, raisonnement).

Diagnostic : 

  • entretien clinique approfondi mené par un psychiatre,
  • complété par un bilan psychométrique ou cognitif pour évaluer l’ampleur des troubles cognitifs associés, après avoir écarté d’autres causes (toxique, neurologique).

Suivi : 

  • consultations psychiatriques régulières évaluant l’observance du traitement, les effets indésirables des antipsychotiques, l’évolution des symptômes et l’adaptation sociale et professionnelle, en coordination avec l’entourage familial.

Traitements : 

  • antipsychotiques en traitement de fond, à poursuivre durablement après un épisode aigu pour prévenir les rechutes,
  • associés à une prise en charge psychosociale (réhabilitation, remédiation cognitive)
  • et à un accompagnement de l’entourage.

Troubles schizo-affectifs

Les troubles schizo-affectifs associent, au cours d’une même période, des symptômes psychotiques (hallucinations, idées délirantes) et des symptômes marqués de l’humeur (dépressifs ou maniaques), sans que l’un des deux tableaux ne domine complètement l’autre.

Diagnostic : 

  • entretien clinique psychiatrique approfondi, reposant sur la coexistence documentée de symptômes psychotiques et de symptômes thymiques,
  • avec un suivi prolongé souvent nécessaire pour distinguer ce trouble de la schizophrénie ou du trouble bipolaire.

Suivi : 

  • consultations psychiatriques rapprochées,
  • surveillance conjointe des symptômes psychotiques et de l’humeur.

Traitements : 

  • association d’un antipsychotique et d’un thymorégulateur ou d’un antidépresseur selon la composante dominante,
  • accompagnée d’un suivi psychothérapeutique.

Trouble de la personnalité borderline (état-limite)

Le trouble de la personnalité borderline se caractérise par une instabilité durable des émotions, de l’image de soi et des relations interpersonnelles, avec une impulsivité marquée et une hypersensibilité au rejet ou à l’abandon.

Diagnostic : 

  • entretien clinique structuré mené par un psychiatre ou un psychologue,
  • s’appuyant sur des critères précis (instabilité affective, peur de l’abandon, impulsivité, sentiment de vide chronique, entre autres), généralement posé à partir de l’âge adulte.

Suivi : 

  • suivi psychothérapeutique rapproché, en particulier lors des périodes de crise,
  • avec une attention portée au risque suicidaire et aux gestes d’automutilation, fréquents dans ce trouble.

Traitements : 

  • la thérapie comportementale dialectique (TCD) est l’approche la mieux validée,
  • associée si besoin à un traitement médicamenteux ciblant des symptômes spécifiques (anxiété, impulsivité),
  • sans traitement médicamenteux curatif propre au trouble lui-même.

Trouble de stress post-traumatique (TSPT) chronique

Le trouble de stress post-traumatique se développe après l’exposition à un événement traumatique et associe reviviscences (cauchemars, flashbacks, images intrusives), évitement et hypervigilance. On parle de forme chronique lorsque les symptômes persistent au-delà de trois mois.

Diagnostic : 

  • entretien clinique structuré, recherchant les critères diagnostiques (reviviscences, évitement, altérations négatives de la pensée et de l’humeur, hyperactivation neurovégétative) présents depuis plus d’un mois et retentissant significativement sur la vie quotidienne.

Suivi : 

  • réévaluation régulière des symptômes, en particulier des reviviscences et de l’évitement, et de leur retentissement sur la vie sociale et professionnelle.

Traitements : 

  • psychothérapies validées par la HAS, notamment la thérapie cognitivo-comportementale centrée sur le trauma et l’EMDR (validée par la HAS depuis 2007 chez l’adulte), avec une amélioration significative rapportée chez 60 à 90 % des patients selon l’Inserm.
  • Un traitement médicamenteux (antidépresseur) peut être associé selon les situations.

Troubles du comportement alimentaire chroniques (anorexie mentale, boulimie, hyperphagie boulimique)

Ces troubles se caractérisent par une relation profondément perturbée à l’alimentation, associée à des préoccupations excessives concernant le poids ou l’image corporelle : restriction alimentaire sévère dans l’anorexie mentale, épisodes de crises alimentaires suivis de comportements compensatoires dans la boulimie, épisodes de crises alimentaires sans compensation dans l’hyperphagie boulimique.

Diagnostic : 

  • repérage clinique par un médecin ou un professionnel formé,
  • s’appuyant sur des critères précis selon le trouble (fréquence des épisodes d’au moins une fois par semaine pendant trois mois pour la boulimie et l’hyperphagie boulimique, selon les recommandations de la HAS),
  • complété par un bilan somatique pour évaluer les complications.

Suivi : 

  • prise en charge pluriprofessionnelle coordonnée (somatique, psychiatrique, nutritionnelle),
  • avec une surveillance rapprochée des complications médicales, en particulier dans l’anorexie mentale.

Traitements : 

  • l’objectif n’est pas uniquement la perte ou la prise de poids,
  • mais le traitement des complications somatiques,
  • la restauration d’un comportement alimentaire adapté
  • et la prise en charge des troubles psychiques associés,
  • le plus souvent via une thérapie cognitivo-comportementale spécialisée et un accompagnement nutritionnel.

Comprendre les grandes approches thérapeutiques
  • La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) vise à identifier puis à modifier les pensées et comportements qui entretiennent la souffrance. Elle est particulièrement recommandée dans le TAG, le TOC, la dépression et les troubles du comportement alimentaire.
  • L’EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) est une psychothérapie validée par la HAS depuis 2007, utilisée notamment dans le TSPT, qui s’appuie sur des mouvements oculaires ou d’autres stimulations bilatérales pour aider à retraiter les souvenirs traumatiques.
  • Les thymorégulateurs stabilisent l’humeur au long cours, en particulier dans le trouble bipolaire, le lithium en étant la référence.
  • Les antipsychotiques réduisent l’intensité des symptômes psychotiques (hallucinations, idées délirantes), utilisés dans la schizophrénie et les troubles schizo-affectifs.
  • La psychoéducation, proposée pour de nombreux troubles, consiste à mieux comprendre sa maladie, ses signes annonciateurs et ses déclencheurs, souvent en groupe.

Vivre au quotidien avec une maladie psychique chronique

Une maladie psychique chronique a des répercussions qui dépassent largement les émotions : elle peut toucher la concentration et la mémoire, le sommeil, l’énergie, les relations familiales et amicales, la vie professionnelle ou les études, et parfois les finances lorsqu’elle entraîne un arrêt de travail. Certaines personnes vivent aussi avec une maladie psychique et une maladie chronique physique associées, une combinaison fréquente qui peut complexifier le parcours de soins.

  • ne pas minimiser ta souffrance face à des remarques comme « tu exagères », « fais un effort » ou « c’est dans ta tête » : la santé mentale mérite la même écoute et la même reconnaissance que la santé physique
  • t’appuyer sur un suivi psychologique régulier, qui fait partie intégrante du soin
  • te laisser le temps d’accepter la maladie, un vrai travail d’adaptation qui prend du temps
  • chercher une communauté ou un groupe de soutien adapté pour alléger le sentiment d’isolement
  • te renseigner sur la Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH) ou d’autres aides : une maladie psychique peut y ouvrir droit lorsqu’elle entraîne des limitations importantes et durables, en fonction de ses conséquences et non du diagnostic seul
  • ne jamais rester seul face à des idées suicidaires : le 3114, numéro national de prévention du suicide, est gratuit et disponible 24h/24

Le rôle central du suivi médical

Une maladie psychique chronique nécessite généralement un suivi coordonné entre ton médecin traitant, un psychiatre et parfois un psychologue.

Le médecin traitant garde une vision globale de ta santé, fait le lien entre les différents professionnels, et peut orienter vers un suivi spécialisé si besoin.


Quelques chiffres sur les maladies psychiques

En France, selon le baromètre santé mentale 2024 de Santé publique France, la prévalence de l’épisode dépressif caractérisé est estimée à 15,6 % chez les adultes de 18 à 79 ans.

Le trouble anxieux généralisé toucherait entre 2 et 5 % de la population, avec une prévalence deux fois plus élevée chez les femmes, et environ 60 % des personnes concernées ne bénéficient d’aucun traitement.

Le trouble obsessionnel compulsif concernerait 2 à 3 % de la population.

Le trouble bipolaire toucherait entre 1 et 2,5 % des Français, soit environ 800 000 personnes.

La schizophrénie concerne 0,7 à 1 % de la population, soit entre 460 000 et 670 000 personnes en France.

Environ 20 % des personnes exposées à un événement traumatique développent un trouble de stress post-traumatique chronique.

Concernant les troubles du comportement alimentaire, la prévalence de l’anorexie mentale au cours de la vie est estimée entre 0,9 et 1,5 % chez les femmes et 0,2 à 0,3 % chez les hommes, celle de la boulimie à 1,5 % chez les 11-20 ans (90 % de jeunes filles), et celle de l’hyperphagie boulimique entre 3 et 5 % de la population générale.


Quelques ressources

En résumé

Les maladies psychiques chroniques ne se résument pas à un manque de volonté ou à une faiblesse de caractère. Retiens que :

  • demander de l’aide ne signifie pas que tu es faible : reconnaître sa souffrance est souvent la première étape vers une prise en charge adaptée
  • l’absence de signes visibles ne veut jamais dire l’absence de souffrance
  • un suivi régulier, médical et psychothérapeutique, permet d’anticiper les rechutes, pas seulement de les traiter
  • ton ressenti compte, même quand ton entourage ne comprend pas ce que tu traverses