Les catégories de handicap, il y en a 6 au total. D’ailleurs on devrait parler DES handicaps, pas juste DU handicap. Car le handicap n’impacte pas de la même manière selon la catégorie, il ne prend pas qu’une seule forme. Et quand on parle de handicap, une image revient presque toujours… un fauteuil roulant, une canne blanche, une déficience visible, évidente, incontestable. Et tout ce qui ne correspond pas à cette image est trop souvent minimisé, remis en question, voire nié.


La légitimité du handicap

Beaucoup de personnes vivent avec des limitations réelles, durables, profondes, sans jamais oser utiliser le mot handicap. Parce qu’on nous a appris que ce mot était réservé à « plus grave », « plus visible », « pire qu’eux ».

On se sent illégitime parce qu’on ne rentre pas dans la case handicap qui correspond à l’image générale que les gens s’en font.

Souvent, le handicap n’est pas reconnu comme tel. Il est plutôt vu comme une exagération, un manque d’effort, ou encore quelque chose qui serait « dans notre tête » et qu’on pourrait changer.

Pourtant le handicap n’est ni une image ni une compétition. C’est une réalité vécue par des millions de personnes.


Qu’est-ce que le handicap, réellement ?

Le handicap n’est pas uniquement lié à un corps ou à un diagnostic. C’est la rencontre entre une personne et un environnement qui n’est pas adapté à son fonctionnement. Ce n’est pas juste une formule : c’est la définition légale française elle-même.

Depuis la loi du 11 février 2005 (article L114 du Code de l’action sociale et des familles), le handicap est défini comme « toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnement par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou d’un trouble de santé invalidant ».

C’est la première fois qu’une définition du handicap était inscrite dans la loi française, et elle repose déjà sur cette idée d’interaction avec l’environnement, pas seulement sur un état de santé isolé.

Une personne est en situation de handicap lorsqu’elle rencontre, de manière durable ou répétée, des limitations dans sa vie quotidienne à cause de son état de santé, de son fonctionnement physique, psychique, sensoriel ou cognitif, face à un monde pensé pour un seul type de norme.

On peut être en situation de handicap sans être malade… tout comme on peut être malade sans se sentir handicapé en permanence.

On peut être handicapé de manière invisible, fluctuante, et/ou évolutive. Et on peut l’être sans reconnaissance administrative.

Ce qui compte, ce n’est pas ce que les autres voient. C’est l’impact sur la vie et sur les gestes du quotidien, les incapacités, comparées à quelqu’un de ton âge qui ne serait pas atteint d’un trouble et en situation de handicap.


Les différentes catégories de handicap

Il existe 6 grandes catégories de handicap reconnues, avec des sous-catégories, puisque le handicap n’a pas qu’une forme… il prend mille visages. Les handicaps peuvent se chevaucher, se cumuler, et évoluer au fil du temps.

  • Le handicap moteur

Il concerne les limitations de mobilité, de posture, de coordination, de force ou de préhension.

Il peut être lié à une paralysie, une maladie neuromusculaire, une atteinte articulaire, une maladie neurologique, une douleur chronique ou une fatigabilité extrême.

Contrairement aux idées reçues, le handicap moteur ne signifie pas forcément être en fauteuil roulant : beaucoup de personnes marchent, se déplacent, mais avec des douleurs, des efforts considérables ou des limitations importantes dans la durée.

  • Le handicap sensoriel

Il concerne la vue et l’audition, mais aussi parfois le toucher, ou l’odorat.

Il inclut la cécité, la malvoyance, la surdité et la malentendance.

Là encore, il ne s’agit pas de tout ou rien : voir ou entendre partiellement, même avec des aides, n’annule pas le handicap. Cela change simplement la manière dont il se manifeste.

  • Le handicap mental / intellectuel

Il se caractérise par des limitations significatives des capacités intellectuelles et de l’autonomie adaptative, présentes dès l’enfance.

Il concerne la compréhension, l’apprentissage, le raisonnement et l’adaptation à la vie quotidienne.

C’est un handicap encore très stigmatisé, alors que les personnes concernées ont des compétences, des émotions, des envies et des capacités, avec des besoins d’accompagnement spécifiques.

  • Le handicap psychique

C’est l’un des plus invisibilisés et des plus mal compris.

Il concerne les troubles psychiatriques lorsqu’ils entraînent des limitations durables dans la vie quotidienne : dépression sévère, troubles bipolaires, troubles anxieux invalidants, schizophrénie, troubles obsessionnels compulsifs, stress post-traumatique…

Ce ne sont ni des faiblesses, ni des phases passagères : ce sont des troubles pouvant empêcher de travailler, de sortir, de maintenir des relations ou de prendre soin de soi.

  • Le handicap cognitif / les troubles du neurodéveloppement

Le handicap cognitif touche les fonctions mentales comme la mémoire, l’attention, la concentration, le langage, la planification ou l’organisation.

Il peut survenir après un traumatisme crânien, un AVC, dans certaines maladies neurologiques, ou à la suite de troubles neurodéveloppementaux.

Les troubles du neurodéveloppement, comme l’autisme, le TDAH ou les troubles dys, correspondent à des fonctionnements neurologiques différents, présents dès l’enfance. Ils deviennent handicapants dans un environnement qui impose une seule manière de fonctionner, d’apprendre, de travailler ou de communiquer.

  • Les maladies invalidantes, chroniques et/ou évolutives

Les maladies chroniques occupent une place particulière.

Toutes les maladies ne créent pas un handicap, mais beaucoup peuvent être invalidantes, parfois de manière intermittente, fluctuante ou évolutive.

Sclérose en plaques, endométriose, fibromyalgie, maladies auto-immunes, maladies inflammatoires, douleurs neuropathiquesLa fatigue, la douleur, les troubles cognitifs ou moteurs associés peuvent limiter profondément la vie quotidienne.

C’est ce qu’on appelle le handicap invisible, celui qui ne se voit pas, qui fait douter et qui pousse à se comparer et à se sentir illégitime.


Le handicap n’est pas figé

On peut cumuler plusieurs handicaps. On peut en voir apparaître, évoluer, disparaître partiellement. Il ne se mesure pas à la souffrance des autres, ne se définit pas par le regard extérieur.

Et surtout : le handicap ne se juge pas à ce que quelqu’un de valide estime acceptable.

Ici on a abordé les catégories de handicap, mais on abordera d’autres notions tout aussi importantes dans d’autres articles de blog et épisodes de podcast : par exemple le polyhandicap, le plurihandicap, ou le handicap fluctuant et évolutif.


Nommer le handicap, ce n’est pas exagérer

Il faut prendre conscience que si :

  • tu es limité dans ton quotidien,
  • que tu dois adapter ta vie en permanence,
  • renoncer à des choses pour tenir et faire beaucoup d’efforts pour paraître « fonctionnel »…

Ta réalité mérite d’être reconnue et légitimée.

Mettre le mot handicap n’est pas une exagération ou une insulte. Ce n’est pas voler une place ou nier la réalité des autres. C’est mettre des mots sur ce que tu vis. Et parfois, c’est la première étape vers la compréhension, la légitimité et l’accès à des droits.

Dans L’Invisible Chronique, il n’y a pas de hiérarchie des handicaps. Il y a des vécus, qui méritent tous d’être reconnus.


Un épisode de podcast complémentaire à cet article sur les catégories de handicap est disponible sur le podcast de L’Invisible Chronique :