Il y a la personne que tu étais avant. Celle qui pouvait enchaîner les journées sans compter son énergie, partir sur un coup de tête, faire des projets sans penser à « et si mon corps ne suit pas ». Et il y a toi, aujourd’hui. Et parfois, entre les deux, il y a un vide difficile à nommer. Ce vide, c’est un deuil. Le deuil de l’ancien soi.
Pourquoi on parle vraiment de deuil
Le mot peut surprendre : on associe souvent le deuil à la perte d’une personne. Mais psychologiquement, un deuil, c’est la perte de quelque chose d’important, avec un processus d’adaptation qui suit.
Une maladie chronique peut faire perdre :
- une capacité physique que tu tenais pour acquise
- ton rythme de vie d’avant
- certains projets, professionnels ou personnels
- une image de toi-même, celle de la personne « en pleine forme » ou « increvable »
- parfois, une partie de ton identité sociale, liée à un métier ou une activité que tu ne peux plus exercer comme avant
Faire le deuil de l’ancien soi, ce n’est pas exagérer. C’est reconnaître une perte réelle, pour pouvoir avancer avec ce qui reste, et ce qui se construit de nouveau.
Les étapes que tu peux traverser
Comme tout deuil, celui-ci ne suit pas une ligne droite, c’est un processus.
Tu peux passer, dans le désordre, revenir en arrière, par :
- le déni, minimiser toi-même l’impact de la maladie
- la colère, contre ton corps, contre l’injustice de la situation
- la négociation, l’espoir de « revenir comme avant » si tu fais tout bien
- la tristesse, face à ce qui est réellement perdu
- une forme d’acceptation, non pas de la maladie elle-même, mais de la nécessité de vivre autrement
Aucune de ces étapes n’est à sauter ou à accélérer. Elles font partie du chemin.
Ce deuil n’a pas de date limite
Personne n’a à te dire « tu devrais être passé à autre chose maintenant ».
Certaines personnes traversent ce processus en quelques mois, d’autres en plusieurs années, et les deux sont normaux.
Il peut aussi revenir par vagues, longtemps après le diagnostic, déclenché par un événement précis : un anniversaire, une photo d’avant, un ami qui part en voyage que tu ne peux plus te permettre, une poussée qui te ramène brutalement à ce que tu as perdu.
Ce n’est pas un retour en arrière dans ton cheminement. C’est simplement comme ça que fonctionne le deuil.
Accepter sa maladie n’est pas être d’accord avec elle
Il y a une nuance importante à garder en tête : accepter sa maladie et être d’accord avec elle, ce n’est pas la même chose.
Tu peux vivre avec, t’organiser autour d’elle, avancer malgré elle, sans jamais être « content » qu’elle soit là. Les deux ne sont pas incompatibles.
Tu n’as pas à faire semblant d’avoir fait la paix avec quelque chose que tu n’as pas choisi pour avancer.
On en parle dans l’article sur comment accepter sa maladie chronique.
Ce qui peut t’aider à traverser ce deuil
1. Nomme ce que tu as perdu, précisément
Pas « tout », mais des choses concrètes : telle activité, tel rythme, telle image de toi. Nommer aide à faire la part des choses. Par exemple : « Je fais le deuil de la personne qui pouvait travailler 10 heures sans s’arrêter, pas de moi-même. »
2. Autorise-toi à être triste, sans culpabiliser
Tu as le droit de regretter ta vie d’avant, même si tu es reconnaissant pour ce qu’il te reste.
3. Cherche ce qui se construit, en parallèle de ce qui se perd
De nouvelles priorités, une autre façon de vivre certaines choses, parfois des relations plus sincères. Ça ne remplace pas la perte, mais ça coexiste avec elle.
4. Fais-toi accompagner si besoin
Un psychologue, un groupe de parole, ou une association de patients peuvent t’aider à traverser ce processus sans être seul.
Pour aller plus loin sur la reconstruction après un diagnostic, l’article sur les 5 dimensions du rétablissement et l’article sur le mieux-être peuvent aussi t’intéresser.
En résumé
Le deuil de l’ancien soi est un passage difficile, mais légitime. Retiens que :
- perdre des capacités, des projets ou une image de soi est une vraie perte, pas un caprice
- ce deuil ne suit pas d’ordre fixe, et il peut revenir par vagues
- nommer précisément ce qui est perdu aide à avancer
- accepter de vivre autrement n’efface pas le droit d’être triste pour ce qui n’est plus
Tu n’as pas à choisir entre pleurer qui tu étais et construire qui tu deviens. Les deux peuvent exister en même temps. D’ailleurs quand tu seras prêt, sache que continuer à avoir des projets malgré ta maladie chronique peut être salvateur, je t’explique tout dans cet article.
