Pourquoi la santé des femmes est prise en charge différemment de celle des hommes ?

Pendant longtemps, la médecine s’est construite à partir d’un modèle considéré comme « universel », mais largement basé sur le corps masculin. Aujourd’hui, les connaissances scientifiques montrent que les différences biologiques (le sexe) et les facteurs sociaux (le genre) influencent la santé, les symptômes, les diagnostics, les traitements et l’accès aux soins. Mieux prendre en compte ces spécificités est devenu un véritable enjeu de santé publique.


Une médecine historiquement centrée sur les hommes

Jusqu’aux années 1990, les femmes étaient souvent sous-représentées dans les essais cliniques. Les résultats de nombreuses études ont donc été établis principalement à partir de participants masculins.

Cela a parfois conduit à une moins bonne connaissance des maladies chez les femmes et de leur réponse aux traitements.

Aujourd’hui, les autorités sanitaires encouragent une recherche plus représentative afin de mieux comprendre les différences entre les sexes et d’améliorer les recommandations médicales.


Des maladies qui ne se manifestent pas toujours de la même façon

Certaines maladies présentent des symptômes différents selon le sexe.

C’est notamment le cas des maladies cardiovasculaires.

Lors d’un infarctus, par exemple, les hommes ressentent plus fréquemment une douleur thoracique intense.

Chez les femmes, les symptômes peuvent être plus discrets : fatigue inhabituelle, essoufflement, nausées, douleurs dans le dos, la mâchoire ou les épaules.

Cette présentation moins « classique » peut retarder le diagnostic et la prise en charge.

Les femmes sont également plus touchées par certaines maladies auto-immunes, comme la polyarthrite rhumatoïde, le lupus ou la sclérose en plaques, tandis que certaines pathologies sont plus fréquentes chez les hommes.


Des diagnostics parfois plus tardifs

Plusieurs travaux de recherche montrent que les femmes connaissent, pour certaines pathologies, des délais de diagnostic plus longs que les hommes.

C’est particulièrement le cas pour des maladies comme l’endométriose, certaines maladies cardiovasculaires ou encore certains troubles chroniques de la douleur.

Les symptômes peuvent être minimisés, attribués au stress ou à des causes psychologiques, retardant ainsi l’accès à un traitement adapté.

Réduire ces délais constitue aujourd’hui un objectif important des politiques de santé.


La douleur : une expérience encore insuffisamment reconnue

Les femmes sont davantage concernées par les douleurs chroniques, notamment les migraines, les douleurs pelviennes ou certaines maladies inflammatoires.

Pourtant, plusieurs études suggèrent que leurs douleurs sont parfois moins rapidement prises en compte ou évaluées différemment. Les chercheurs soulignent la nécessité de mieux former les professionnels de santé aux différences de présentation clinique et aux biais pouvant influencer l’évaluation de la douleur.


Les stéréotypes de genre peuvent influencer la prise en charge

Au-delà des différences biologiques, les représentations sociales des femmes et des hommes peuvent également influencer les soins. Plusieurs études en sciences médicales et sociales montrent que certains stéréotypes de genre persistent dans le système de santé.

Les femmes sont parfois perçues comme :

  • plus « émotives »,
  • « anxieuses »
  • ou « sensibles » que les hommes.

Dans certains cas, leurs symptômes peuvent être plus facilement attribués au stress, à l’anxiété ou à des facteurs psychologiques, plutôt qu’à une cause physique.

Ce phénomène peut conduire à une forme de minimisation des symptômes, parfois qualifiée de gaslighting médical, lorsque les douleurs ou les inquiétudes exprimées par une patiente sont banalisées, remises en question ou insuffisamment explorées.

Des patientes rapportent avoir souvent entendu les fameuses remarques telles que : « c’est dans votre tête », « c’est juste le stress », « vous êtes trop sensible » ou « vous exagérez » …

Bien que ces situations ne reflètent pas les pratiques de l’ensemble des professionnels de santé, elles sont suffisamment documentées pour susciter une prise de conscience au sein de la communauté médicale.

Cette minimisation peut avoir des conséquences importantes : retard de diagnostic, aggravation de la maladie, perte de confiance envers les professionnels de santé et renoncement aux soins.

Reconnaître l’existence de ces biais ne consiste pas à remettre en cause le travail des soignants, mais à rappeler que les stéréotypes peuvent influencer les décisions médicales de manière inconsciente.

C’est pourquoi de nombreuses institutions et équipes de recherche appellent à une médecine plus sensible aux différences de sexe et de genre, afin que chaque personne soit écoutée, évaluée et prise en charge sur la base de ses symptômes, plutôt que de présupposés.

Tu peux lire cet article sur que faire quand ton médecin minimise tes symptômes.


Une santé qui ne se limite pas à la gynécologie et à la grossesse

La santé des femmes est encore souvent associée à la gynécologie : la contraception, à la grossesse ou à la ménopause.

Pourtant, elles sont également concernées par les maladies chroniques, que ce soit les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète, les maladies respiratoires, les troubles psychiques etc…

Adopter une approche globale de la santé féminine permet d’améliorer la prévention, le dépistage et la qualité des soins tout au long de la vie.


Les hommes aussi présentent des besoins spécifiques

Comparer la prise en charge des femmes et des hommes ne signifie pas opposer leurs besoins de santé.

Les hommes consultent en moyenne moins souvent les professionnels de santé et ont davantage tendance à retarder une consultation médicale.

Ils présentent également une mortalité plus élevée liée à certaines maladies cardiovasculaires, aux accidents, aux addictions et au suicide.

Les normes sociales et les représentations de la masculinité peuvent parfois freiner le recours aux soins ou l’expression de certaines souffrances psychologiques.


Vers une médecine plus personnalisée

Une prise en charge de qualité doit tenir compte à la fois des différences biologiques entre les sexes et des facteurs sociaux liés au genre.

Cela passe notamment par :

  • une meilleure représentation des femmes dans la recherche clinique ;
  • une analyse des résultats selon le sexe lorsque cela est pertinent ;
  • une formation renforcée des professionnels de santé ;
  • une meilleure reconnaissance des symptômes spécifiques à chaque patient ;
  • un accès équitable au dépistage, au diagnostic et aux traitements.

En résumé
  • Les femmes et les hommes ne présentent pas toujours les mêmes risques de santé, les mêmes symptômes ni les mêmes parcours de soins.
  • Si d’importants progrès ont été réalisés ces dernières années, des inégalités persistent encore dans la recherche, le diagnostic et la prise en charge de certaines maladies.
  • Mieux intégrer les différences liées au sexe et au genre permet de proposer une médecine plus précise, plus équitable et plus adaptée aux besoins de chacun.